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Quelle reprise post Covid-19 pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale ? Une où les femmes sont protagonistes

L’impact socio-économique de la pandémie n’est pas ressenti de la même façon par tout le monde. Ceux qui ont un emploi vulnérable ou précaire, sont dans l’économie informelle ou dans certains secteurs ressentent davantage la crise. En Afrique, où 89 pour cent des femmes travaillent de manière informelle et où les emplois et les entreprises dirigées par des femmes prédominent dans l’agriculture et les services, l’impact socio-économique de la pandémie est plus lourd pour les femmes.

Au Mali, jusqu’à 96% des femmes entrepreneures ont vu leur activité économique réduite au cours des deux premiers mois de la crise.
Au Mali, jusqu’à 96% des femmes entrepreneures ont vu leur activité économique réduite au cours des deux premiers mois de la crise. Au Sénégal, l’Union des Femmes Chefs d’Entreprises estime à 60% la réduction de l’activité économique de leurs membres dans la transformation agricole, et un arrêt total pour celles qui travaillent dans le tourisme entre mars et juin. En Côte d’Ivoire, davantage d’entreprises dirigées par des femmes ont été contraintes d’arrêter leurs activités en raison de la crise par rapport à leurs homologues masculins (64% pour les entreprises dirigées par des femmes contre 52% pour les hommes).

Les femmes du secteur informel à rude épreuve
Conscients de l’effet domino que la crise aura, les gouvernements régionaux dépensent des milliards pour l’atténuation de la crise et la relance économique. Mais encore une fois, l’accès à ces mesures n’est pas neutre sur le plan des sexes.

Prenons par exemple le cas de la finance. La plupart des gouvernements ont mis en place des garanties pour stimuler les prêts du secteur bancaire aux PMEs. Cette mesure, bien qu’importante, va profiter aux entreprises bien établies qui entretiennent des relations régulières avec une banque. Mais si vous êtes une femme à la tête d’une très petite entreprise qui généralement a du mal à accéder au financement bancaire, ce n’est probablement pas le moment de frapper à la porte de la banque pour demander ce premier prêt, avec ou sans garanti de l’état. Par conséquent, bon nombre de ces mesures ne prennent pas en compte la situation des très petites entreprises, parmi lesquelles les entreprises dirigées par des femmes prédominent. En effet, les associations d’entreprises dirigées par des femmes nécessitent des subventions, des annulation fiscales et une assistance technique aux petites entreprises dans le processus d’accès aux mesures gouvernementales.

Les femmes dans l’économie informelle sont également laissées de côté. Par définition, l’économie informelle est difficile à atteindre et, à quelques exceptions près, la première vague de mesures gouvernementales en Afrique de l’Ouest et Centrale s’est concentrée sur les cibles évidentes du secteur formel, en mettant l’accent sur les allègements fiscaux, les garanties, les moratoires sur les services d’eau, électricité, etc. et les incitations fiscales pour les entreprises afin d’éviter les licenciements des travailleurs.

Cela n’a manifestement pas grand-chose à voir avec la situation des travailleuses domestiques, des vendeuses de rue ou des femmes travaillant dans les marchés à travers la région. En raison de la fermeture des écoles dans le cadre de mesures de distanciation sociale, certaines d’entre elles doivent décider tous les jours entre aller travailler ou rester à la maison pour prendre soin de leurs enfants. Le soutien pour amortir l’augmentation du travail domestique pendant la crise a été également largement absent des programmes de relance dans la région. Le travail domestique non rémunéré des femmes était invisible avant le Covid-19 et continue de l’être pendant la reprise économique.

Le travail domestique non rémunéré des femmes était invisible avant le Covid-19 et continue de l’être pendant la reprise économique.

Une place centrale pour les femmes dans le monde post-Covid
Cette crise est un signal d’alarme. Pas le premier cependant, puisque l’urgence climatique a frappé à la porte des économies africaines depuis un certain temps maintenant. Le changement climatique va coûter aux états africains entre 2% et 4% du PIB annuel en 2040. La reprise est donc l’occasion de mieux reconstruire. Dans tout le continent, des féministes appellent à une refondation complète d’un système économique qui se maintient sur le travail non rémunéré des femmes et d’autres inégalités hommes-femmes. La reprise post-Covid offre l’occasion de s’attaquer à certaines de ces incongruités, qu’il s’agisse de la surreprésentation des femmes dans le secteur informel ou de redistribuer le fardeau du travail domestique non rémunéré.

C’est aussi l’occasion de mieux reconstruire en construisant de façon plus écologique. Il y a consensus sur le fait que la récupération après le Covid-19 ne peut pas se faire au détriment de l’environnement (en Afrique ou n’importe où sur la planète). Si les pays vont vers la “réindustrialisation”, il devrait s’agir d’une réindustrialisation verte, et les femmes et les entreprises dirigées par des femmes devraient jouer un rôle de premier plan dans ce processus.

Quelle combinaison de politiques d’éducation, de développement du secteur privé, d’investissement, de digitalisation ou d’innovation pour y parvenir ? ONU Femmes collabore avec des partenaires régionaux et des pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale pour soutenir l’élaboration de politiques et de réformes afin de s’assurer que les femmes sont à l’avant-garde de la reprise économique et qu’elles ont une place centrale dans un monde post-Covid meilleur pour tous et toutes.

Source : CGAP

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